Le musée de l’Élysée consacre toutes ses salles à l’exposition de photographies de Hans Steiner (1907-1962). Hans Steiner est un photographe suisse dont on se demande pourquoi il a été si longtemps méconnu. Sa (re)découverte est un enchantement. La Suisse des années 30 à 60 a certes été documentée par de grands photographes tels que Hans Staub, Paul Senn ou même Gothard Schuh, mais aucun d’eux ne l’a fait d’une manière aussi profonde, originale, passionnée et surtout aussi diversifiée que Hans Steiner. En tant que photographe indépendant il travaille à la commande pour des magazines, mais aussi pour des publications promotionnelles tant gouvernementales qu’industrielles. Il n’est donc pas un photoreporter dans le sens puriste qu’on prête habituelement à cette qualité. Mais, quel que soit le registre dans lequel il oeuvre, son enthousiasme et son optimisme nous en disent beaucoup sur une vision moderniste à laquelle nous ne sommes pas habitués s’agissant de son temps. Même en reportage il recherche toujours une approche, un cadrage, un angle qui soient formellement innovants, mais avec une sincérité qui sert sa quête de sens permanente. Peut-être que cette approche subjective le situe déjà dans notre modernité...

- Piscine KaWeDe, Berne, 1935-1940
© Hans Steiner - Musée de l’Élysée
Dans un des textes du livre publié parallèlement à l’exposition [1], Jean-Christophe Blaser et Daniel Girardin, les deux curateurs de l’exposition, nous expliquent pourquoi les photographies de Steiner ne pouvaient pas être « visibles » avant l’époque actuelle. Comme les autres grands photoreporters de son temps, Hans Steiner s’intéressait bien aux problèmes de société (monde du travail, paysannerie, pénurie, chômage, etc) mais son optimisme et sa curiosité le portaient aussi à poser son regard vers les loisirs, le sport, les débuts de la société de consommation, le rôle des femmes, ainsi qu’à documenter la vie privée. Cela le distingue nettement des photographes de presse de son époque, tous très engagés socialement. Pour l’historien de la photographie d’il y a 20 ans, cela n’entrait tout simplement pas dans les schémas du photojournalisme. Depuis, l’histoire de la photographie nous a appris à reconnaitre d’autres valeurs que celle de « l’instant décisif » en prêtant des qualités à des images plus « fabriquées ». Comme l’expriment bien les deux auteurs : « (aujourd’hui) ... La photographie se conçoit moins comme quelque chose que l’on ‹prend› que comme quelque chose que l’on ‹fait ».

- Le premier escalier roulant à Berne, grand magasin Loeb, 1957
© Hans Steiner - Musée de l’Élysée
Cette image est emblématique des questions qui se posent quant à la réception passée et actuelle des images de Steiner. La photographie a paru dans un publireportage du supplément dominical de la Neue Berner Zeitung. Ce contexte de publication ne lève pas les ambiguïtés que d’aucuns pourront noter quant à la « pureté » de la démarche de Hans Steiner. Pourtant, je trouve que ces limitations restent ici secondaires, tant elles sont transcendées par la vision d’une célébration moderniste du progrès technique et d’une société de consommation naissante. Ici, l’existence et la qualité de cette vision m’importent bien plus que son contexte.
Hans Steiner exerce d’abord le métier d’employé de commerce et se voue à la photographie dans ses loisirs. Aux Grisons, il se retrouve rapidement au service d’un photographe paysagiste et portraitiste qui lui enseignera toute sa science. Quelques emplois plus tard, en 1933, il commence à publier des reportages dans des magazines alors qu’il est encore associé à un autre photographe. Il est de retour à Berne, sa ville natale qu’il ne quittera plus. Dès 1935 il est indépendant et réalise plusieurs dizaines de reportages par année pour la presse illustrée. Son activité de reporter culmine en 1939 avec plus de 120 reportages publiés dans différents magazines. Dans les années de guerre, il est mobilisé en service actif et publie peu de reportages. Il s’est intéressé à l’armée déjà bien avant la guerre. Le portrait officiel du général Guisan, bien connu des Suisses, est de lui. Après son service actif, il réalise plusieurs reportages sur l’armée et bon nombre de ses images sont censurées par le haut commandement de l’armée. [2] Après-guerre, son activité de photoreporter reste modeste, mais sans disparaitre complètement. Il se consacre d’autant plus à ses activités en studio (portraits) et réalise de nombreuses commandes, en studio ou à l’extérieur, pour des entreprises industrielles ou artisanales. Contrairement à l’usage chez les photojournalistes, Hans Steiner dispose depuis 1935 d’un atelier de photographie, une vraie petite entreprise. Dans les périodes où il réalisait beaucoup de reportages, il pouvait se fier à son personnel. Ceux qui l’ont connu le définissent comme un personnage ouvert et chaleureux. Plusieurs de ses employés et apprentis deviendront à leur tour des photographes recherchés.
L’étendue du champ d’action de Hans Steiner était très vaste. Il a pratiquement tout photographié : il était de toutes les fêtes et commémorations, sur le terrain de tous les sports. L’armée, la famille, les enfants, les femmes, sont des sujets sociétaux qu’il soignait particulièrement. Les prouesses industrielles et techniques tout comme les paysages et la nature furent pour lui une source d’émerveillement. Il était un alpiniste chevronné et un skieur hors pair. Il a évidemment photographié cela. Il gagna une grande renommée lorsqu’il documenta plusieurs années de suite (1935 - 1938) les ascensions dramatiques puis la première victoire de la paroi nord de l’Eiger.

- Match de football, stade du Wankdorf, Berne, vers 1935
© Hans Steiner - Musée de l’Élysée
Cette photographie me fait sourire et m’interroge. Allait-on vraiment dans cette tenue aux matches de foot ? Le photographe a-t-il vraiment rencontré ces deux élégants personnages au stade et leur a-t-il alors fait prendre la pose ? S’agit-il peut-être de VIP ? A-t-il engagé des mannequins pour cette image, mais alors pourquoi ne pas mieux montrer le cadre du stade ? (Le stade du Wankdorf à Berne était le théâtre des grandes finales et des matches internationaux.)
Très tôt, il a commencé à classer ses archives d’une manière très précise en les rangeant par thèmes. Dès les années 50, plusieurs collaborateurs étaient chargés de les tenir à jour afin qu’elles servent de catalogue dans lequel les éditeurs venaient choisir des photos d’archives pour toutes sortes de publications. Aujourd’hui on appellerait cela une banque d’images ! Les photos étaient sélectionnées et tirées sur papier par contact, puis collées sur des feuilles spéciales, numérotées et proprement répertoriées par thèmes. La plupart du temps il n’y avait pas de distinction claire entre les photographies provenant de reportages pour la presse, de mandats privés ou encore d’images personnelles. L’ensemble était parfait pour une exploitation en qualité de banque d’images, mais il ne fait pas du tout le beurre des historiens et chercheurs. Et pour cause, les images ne sont pas munies d’indications contextuelles et n’ont pas de dates !

- Clic pour voir plus grand
© Hans Steiner - Musée de l’Élysée
Quand le musée de l’Élysée a acquis le fonds Hans Steiner, en 1989, il s’est retrouvé à la tête de 100’000 photographies, à inventorier, conserver, restaurer, numériser, bref, à valoriser. Les planches de contact - qui n’en sont pas vraiment puisqu’il s’agit de sélections et regroupements - ont posé de gros problèmes. Pour s’y retrouver, il a fallu consulter les archives des nombreux magazines de Suisse allemande pour lesquels il avait travaillé. Cependant, au-delà des difficultés de datation, ces planches nous en disent tout de même beaucoup sur la personnalité de Steiner. Elles nous racontent l’histoire telle que le photographe l’a voulue et qui n’est souvent pas la même que celle qu’en ont tirée les magazines.
Face à l’ampleur de la tâche le Musée de l’Élysée a engagé des collaborations avec l’Université de Lausanne, l’Institut suisse pour la conservation de la photographie et le Büro für Fotogeschichte de Berne ainsi que des partenariats avec de nombreuses autres institutions. Comme on « tenait » un grand photographe national pour la reconnaissance duquel tout était à faire, des financements publics et privés ont été possibles.

- Formation des guides de montagne, Club alpin suisse1937-1938
© Hans Steiner - Musée de l’Élysée
La faculté des lettres de l’université de Lausanne (Unil) a consacré un cours-séminaire (semestre d’été de l’année universitaire 2006-2007) au fonds Steiner. Un site internet très fourni est consacré aux travaux réalisés à cette occasion et à d’autres, dont certains sont encore en cours. On peut ainsi accéder à la base de données des planches de contact évoquées plus haut. On y trouve des contributions d’étudiants sous forme de pdf, des diaporamas et des vidéos. Des dossiers thématiques et des vidéos sont à voir également sur ce site de l’Unil.
Il faut signaler en particulier un film vidéo composé d’un diaporama commenté et sonorisé (Réal. Daniel Girardin et David Monti - 1/2 h) qu’on peut aussi se procurer sous forme de DVD. Au-delà de l’oeuvre de Steiner, ce film est un véritable petit traité de suissitude, avec ses petits bonheurs éclatant comme des bulles au milieu des pesanteurs du temps. (La petite musique nostalgique et insistante des compères Francioli-Bourquin n’est pas étrangère à l’empathie qui s’en dégage.) Accès direct en streaming ici.

- Jeune Suissesse, vers 1940
© Hans Steiner - Musée de l’Élysée
Hans Steiner s’est peu exprimé sur son esthétique et sur ce qui le motivait dans la réalisation de ses images. Sa formation autodidacte le rendait probablement mal à l’aise pour théoriser sur le sujet. Dans ses meilleures photographies, du moins dans celles qui nous parlent le plus aujourd’hui, on perçoit cette volonté de réaliser l’image parfaite, maitrisée, qui dit clairement ce qu’elle a à dire. Comme une évidence. On peut aisément imaginer qu’un autodidacte doive en faire plus pour prouver sa valeur, c’est peut-être pourquoi il avait de hautes exigences. Peut-être que la pratique de la publicité, encore bien naïve et presque familière à l’époque, lui a donné le sens du « petit truc » visuel qui fait qu’une photographie sera regardée avec le sentiment, pour le spectateur, qu’il a compris quelque chose. (Il faut voir à ce sujet, dans l’exposition, le publireportage qu’il a réalisé pour la voiture Opel Olympia.)
En matière de cadrage et de hauteur de vue, l’usage d’un Rolleiflex n’est pas sans influence. La visée ne se fait pas à hauteur d’oeil. Elle se fait sur le dépoli de l’appareil qu’on tient à hauteur de poitrine ou sur le ventre. Comme le notent Philippe Kaenel et François Valotton : [3] « Le Rolleiflex favorise les cadrages pensés et son format carré induit une découpe spatiale, c’est à dire une relation formelle ou formalisée au monde explorée par Steiner avec une grande maitrise ... » [4] On peut remarquer que, du moins dans les publications livresques auxquelles il a participé, ses images étaient publiées au format carré. Le fait était-il courant dans l’édition ? Je n’ai pas vérifié, mais il est intéressant de relever qu’il n’y avait rien à retrancher à ces photos.
Il semble que Hans Steiner ne s’est jamais pris pour un artiste. De son vivant, il n’a pas organisé d’expositions de ses photographies et, jusqu’à ce jour, il n’y avait pas de monographie à son sujet. Il a pourtant été un photographe reconnu et recherché à l’époque où ses reportages étaient nombreux (années 30) et on explique mal, aujourd’hui, la relative désaffection qu’il a subie plus tard de la part de la presse. Times are changing ?

- Orphelin belge en Suisse, 1945
© Hans Steiner - Musée de l’Élysée
L’enfance tient une place particulière dans l’oeuvre de Hans Steiner. À la fin de la guerre, il réalise un reportage sur l’arrivée de centaines d’enfants orphelins victimes de la guerre. [5] Ses archives révèlent 180 photos sur le sujet, documentant tous les aspects factuels de ce triste évènement, y compris les séances de désinfection. La Schweizer Illustrierte Zeitung n’en publie qu’une dizaine de portraits attendrissants. Une courte vidéo montre bien les conditions de cet accueil et les ambiguïtés de la politique réactionnaire des autorités. Après, on peut se demander si les photographes et la presse ont été instrumentalisés pour faire de la propagande sur les activités humanitaires du gouvernement.
En 1956 il prend fait et cause pour la sauvegarde d’un vallon alpin menacé d’être anéanti par un projet hydro-électrique. Il publie dans Die Woche un reportage montrant les technocrates citadins inspectant les lieux en les confrontant aux autochtones dans leur environnement naturel idyllique. Le reportage met tant en émoi la population suisse que le gouvernement devra renoncer. (Mentionnons que les promoteurs du projet hydro-électrique étaient de bons clients de Steiner et qu’il avait réalisé de nombreuses photographies pour leur compte. Comme quoi, il avait un certain sens des priorités...)
Plus tard, en 1962, il s’investira fortement dans une entreprise de fouille archéologique pour mettre à jour une cité engloutie 3 siècles plus tôt sur la frontière italo-suisse. Lors d’une conférence destinée à récolter des fonds il s’effondre, victime d’une crise cardiaque, à 55 ans.
L’exposition se tient jusqu’au 15.05.2011 au Musée de l’Élysée, après quoi elle circulera dans différents lieux de Suisse. Un livre - qu’on peut acheter en ligne sur le site du musée - est édité à cette occasion : Hans Steiner - Chronique de la vie moderne.
Notes:
[1] Hans Steiner - Chronique de la vie moderne, p. 17 et suivantes
[2] C’est ses photographies de la guerre qui ont été les premières à avoir contribué à sa reconnaissance. Le musée de l’Élysée en avait fait le thème d’une exposition en 1989, peu après avoir acquis ce fonds.
[3] Hans Steiner - Chronique de la vie moderne, p. 171
[4] Je peux en témoigner en ce qui concerne la hauteur de vue. Mon premier appareil de photo « sérieux », un Exacta 1000, était muni d’un viseur sur dépoli. Cela change tout. Pour chaque prise de vue, on est amené à se poser la question du positionnement vertical, alors qu’avec une visée directe, à hauteur d’yeux, on le fait beaucoup moins. De plus, ce que l’on voit, ressemble déjà à une image bien délimitée. Mais cela, nous le connaissons aujourd’hui avec la visée sur écrans des appareils numériques.
[5] Raconté en détail par Philippe Kaenel et François Valotton, professeurs à L’UNIL, dans le livre Hans Steiner - Chronique de la vie moderne, p. 180
Le musée de l’Élysée présente l’exposition Les petits métiers d’Irving Penn. Au début des années 50, le célèbre photographe de mode entreprend de photographier des représentants de ces petits métiers qui le fascinaient durant ses séjours dans différentes villes (Paris, Londres, New York). Son dispositif était simple et astucieux : il convoquait ses modèles dans un studio improvisé et les faisait poser devant un fond en papier neutre. L’éclairage latéral très simple était toujours du même acabit. Cela l’autorisait à reproduire facilement des conditions similaires en tous lieux et à des époques différentes. On saisit bien l’avantage de pouvoir ainsi composer une oeuvre homogène qui permettrait, en plus, de comparer valablement des métiers semblables pris dans des villes différentes. L’effet de série, en rendant bien visibles les différences, permet ainsi à chaque sujet d’affirmer sa propre individualité. Cette façon de faire avait d’autres conséquences : « Éloigner les modèles de leur environnement naturel et les installer dans un studio face à l’objectif, n’avait pas seulement pour but de les isoler, cela les transformait » déclare-t-il. L’effet est magique. Devant l’attention bienveillante du photographe, les sujets s’impliquent dans leur rôle, se prennent au sérieux et se montrent sous un jour qu’ils jugent favorable, ne manquant pas d’arborer leurs outils et attributs dans un vrai souci documentaire. Enfin, on imagine tout de même que certains auraient bien voulu s’endimancher un peu...
Ce qui m’a frappé dans ces tirages est l’importance des zones de tons noirs très denses et offrant peu de détails, si ce n’est que leurs contours dessinent bien les silhouettes. La plage dynamique de ces photos est bien détaillée dans les gris moyens, un peu moins dans les tons clairs et presque pas du tout dans les tons foncés. Tout le monde parle toujours de noirs « profonds »... J’ai l’impression que cette expression est un lieu commun qui cache une pauvreté d’expression. En général cela signifie tout simplement que les noirs sont... très noirs. Pour moi, ces noirs-là sont plutôt opaques, ils ne laissent voir ni deviner aucun détail. Techniquement on appelle cela des noirs « bouchés » [1]. En argentique il était déjà possible de les « déboucher », encore fallait-il le vouloir. En numérique il est devenu extrêmement courant de le faire et il ne m’étonnerait pas que certains logiciels embarqués le fassent à l’insu des auteurs de photos. Les noirs d’Irving Penn me frappent parce que j’ai l’impression qu’on ne voit plus beaucoup de noirs aussi plats de nos jours, parce que je pense qu’on s’habitue à des noirs plus travaillés, bref, parce que notre regard est peut-être en train de se modifier.
Ces tons noirs, qui ne sont pas de la noirceur ( !), sont bien sûr un parti-pris esthétique. Leur bel effet graphique ne peut être contesté. Mais, comme souvent en photo argentique, ces choix pourraient ne pas être de vrais choix, dictés qu’ils sont par des contraintes techniques plus ou moins librement consenties ou, au contraire, exploitées...
L’exposition présente quelques tirages au platine-palladium du plus haut intérêt et d’une qualité impressionnante. Outre leur texture très sensuelle, elles arborent une plage dynamique plus étendue que les mêmes images en tirage « normal ». Cela est surtout visible dans les tons moyens et presque pas dans les tons noirs. Penn avait acquis une grande maitrise dans cette technique et le fait qu’il laisse ses tons noirs en l’état, c’est-à-dire sans détails, montre que c’est probablement ce qu’il voulait, qu’il s’agit d’une décision artistique.
Ces remarques d’un vieux pinailleur n’enlèvent évidemment rien à l’intérêt de cette exposition, dont les photos portent avant tout l’empreinte d’une belle chaleur humaine. Elle comblera tout autant l’amateur de photos exigeant que l’esthète. Et le grand public curieux de divertissements de qualité ne s’y trompe pas, c’est du moins l’impression que j’ai eue un dimanche après-midi.
L’exposition Les petits métiers est une reprise de l’exposition d’Irving Penn, organisée par le Paul Getty Museum de Los Angeles et vue cet été à la Fondation Henri Cartier-Bresson à Paris.
Bernd & Hilla Becher
Pour rester dans les effets de série, le musée propose une « lecture » particulière de l’oeuvre des époux Becher. Leur travail est montré ici sous le seul aspect de leur production imprimée. Sauf le respect dû à des icônes de la photographie moderne, je n’avais jamais développé un goût prononcé pour leurs inventaires de l’architecture industrielle. La vision qu’en donne cette exposition change un peu ma perception. La manière intelligente avec laquelle ils ont mis en scène leur travail au cours des années est en parfaite phase avec les gouts graphiques et typographiques des périodes traversées. Le Bauhaus n’est pas encore très loin. Le souci didactique est grand, mais la rigueur, à l’image de toute leur démarche, n’est jamais absente. C’est peut-être dans la vision des séries de petites photos juxtaposées que le sens de leur travail est le plus aisément perceptible.
Gilles Caron
On apprend par ailleurs que le musée a reçu 144 tirages de Gilles Caron, de la part de la Fondation Gilles Caron basée à Genève. C’est une donation d’importance sur laquelle le musée communique très peu... [2] Il propose néanmoins en ce moment, dans la petite salle du sous-sol, une projection sur Gilles Caron. On se dit : « Encore un de ces diaporamas ennuyeux, un peu flous et mal foutus comme on en voit trop souvent dans des expositions au budget trop serré pour proposer une vraie muséographie avec de beaux tirages ! Mais bon, ce n’est pas ça, il s’agit de 2 films documentaires. [3] Et ça se laisse tout à fait regarder (surtout par un dimanche pluvieux ;-) Ces films nous parlent des 2 photos de mai 68 les plus célèbres. Pour celle de l’étudiant pourchassé par un CRS, on fait parler les 2 protagonistes qu’on a retrouvés pour l’occasion. L’autre, la photo de Daniel Cohn-Bendit au sourire goguenard est mise en perspective dans un autre film, extrait d’une projection à Visa pour l’image.
Les 3 présentations actuelles seront visibles jusqu’au 16 janvier 2011.
Notes:
[1] Pour plus de détails, on consultera mon billet sur Le contraste local où ces questions de plage dynamique sont abordées.
[2] Sur la brochure imprimée consacrée aux expositions actuelles, on peut lire qu’une partie des photographies de cette donation seront projetées en plus des documentaires. On lit aussi qu’une exposition consacrée à Gilles Caron est en préparation. Sur le site internet, par contre, il n’est plus question de projection de photos et on ne parle plus de l’organisation de cette exposition...
[3] Détails ici. À part une bande-annonce, je n’ai pas trouvé les films sur internet... Il y a donc encore des oeuvres qu’on ne peut voir qu’à travers les canaux traditionnels ;-)
Document brut, hier soir dans Metropolis, sur Arte. [1] Rebecca Manzoni nous annonce, en substance : « C’est un métier qui va bientôt passer dans la catégorie « disparu ». Avec le numérique, l’argentique, c’est bientôt terminé. Et Françoise Huguier le déplore. » On assiste alors à une séance de travail plutôt banale entre Françoise Huguier et son tireur Gérard Binisti, dont on ne retire pas grand-chose. Un peu plus rouge ici un peu moins foncé là, bref la popote ordinaire. On aurait voulu savoir, peut-être, pourquoi l’argentique serait plus approprié pour ces photos là... ? Ou bien pourquoi la dame elle ne fait pas des images comme tout le monde, en numérique et en les ajustant avec précision sur Photoshop... ? On ne le saura pas, mais le fantasme du « c’était-quand-même-mieux-avant » a été instillé au passage.
Pourtant, le dernier plan du reportage est révélateur (si j’ose dire) : on y voit la photographe argentique photographiant les trois tirages d’essai avec son iPhone. Quand on vous dit que le numérique est en marche !
Notes:
[1] Ça repasse en ce moment et c’est visible en ligne ici, dès la 34e minute (mais j’ignore pour combien de temps...)
40 ans de Rencontres, 40 ans de ruptures, c’est ainsi que les Rencontres d’Arles se présentent cette année. Cette dualité Rencontres/Ruptures, est un vaste fourre-tout qui permet d’englober à peu près tout ce qui touche à la création photographique. Mais ne vous enfuyez pas ! Cette absence de thématique visible, certes regrettable, ne nuit pas aux qualités intrinsèques des expositions prises isolément. 2009 m’a semblé plutôt un bon cru. Si pour les organisateurs la catégorisation des photographes dans ces 2 groupes (et sous-groupes) semble à peu près cohérente, elle ne l’est pas du tout pour la plupart des visiteurs, bien trop occupés à s’y retrouver dans le plan des expositions, qui bien sûr ne recoupe en rien la thématique supposée. Petit retour vers les expositions qui m’ont marqué...
Robert Delpire
est l’objet de plusieurs expositions. Les photographes, mais aussi les graphistes, illustrateurs et autres designers doivent beaucoup à cet éditeur et directeur artistique touche-à-tout. Le grand public connait surtout la collection Photo Poche qu’il édite depuis 1982. Mais il a commencé dès les années 50 en éditant des photographes peu connus à l’époque, tels que Cartier-Bresson, Brassaï, Doisneau, Lartigue, Bischof ou Robert Franck (Les Américains). Il fut un brillant directeur artistique publicitaire. Ses pubs pour Citroën (dont quelques exemples sont exposés) sont insurpassées sur le plan formel et pour leur souffle novateur. Beaucoup de pubs d’aujourd’hui ont l’air bien convenues et frileuses à côté. Dans les années 70, il fit aussi beaucoup pour promouvoir les livres pour la jeunesse, alors en plein renouveau, avec des illustrateurs tels que Maurice Sendak (Max et les Maximonstres), Gervasio Gallardo, André Le Foll, Étienne Delessert, etc.
Nan Goldin
Autant dire tout de suite que je goutte peu aux photos de Nan Goldin. Ni ses hantises, ni leur forme ne me touchent. Commissaire invitée de ces Rencontres, elle a aussi le privilège d’y inviter ses amis. Je m’attendais au pire et je fus bien servi ! Mais j’y ai quand même trouvé quelques pépites fort respectables telles que Christine Fenzl (Streetfootball) ou Boris Mikhailov. La belle découverte fut pour moi la série de photos de Camden de...
Jean-Christian Bourcart
Il raconte : « C’est absurde, mais j’ai juste cherché sur le Web la ville la plus dangereuse des États-Unis. Je voulais retrouver cette étrange énergie qui se dégage des lieux où les règles et les contraintes sociales sont abolies ou affaiblies. Un sentiment de liberté mêlé à l’excitation du danger. Je voulais m’assurer qu’il est encore possible d’aller vers les autres, si éloignés, si étrangers qu’il nous paraissent. En tête de liste, j’ai trouvé Camden, New Jersey, à deux heures de New York... » Sa série est émaillée de ses textes manuscrits. C’est peut-être ce qui fait la magie de cette série et son humanité. C’est tout bête : quand on peut lire l’histoire qui se passe autour des photos et dans la tête du photographe, ça fonctionne bien mieux !
Une autre exposition de Jean-Christian Bourcart se déroule dans un autre lieu. On y voit des images de la série Traffic : portraits de passants photographiés derrière la vitre de leur voiture au feu rouge ou de l’autobus qui passe. On croit pénétrer dans un petit bout de leur intimité, mais il y a toujours une vitre qui nous sépare d’eux. D’ailleurs, on ne fait que se croiser sans jamais pouvoir s’arrêter.
Jean-Christian Bourcart est français, il vit et travaille à New York. D’autres séries bien vues sont à voir sur son site ici. On y retrouvera, par exemple, celle qu’il exposait aux Rencontres de l’année passée : The Most Beautiful Day of my Life, photos de mariages pas assez réussies pour être vendues.
Les expositions du Prix Découvertes de cette année m’ont paru d’un très bon niveau et ont retenu longuement mon attention, et ce, malgré la chaleur toujours accablante des Ateliers. Dans cette section, les photographes (ou artistes utilisant la photographie) « émergents » sont présentés et parrainés par un ancien directeur artistique des Rencontres.
Adrien Missika
(présenté par Michel Nuridsany), avec sa série Space between, nous emmène dans des espaces incertains, sans repères spatio-temporels, qui pourtant attisent notre curiosité par leur étrangeté. Nous nous attendons à trouver des images documentaires alors que leur provenance n’est souvent qu’un « recyclage » d’objets n’ayant rien à voir avec ce que nous pensions qu’ils fussent. Son site propose d’autres étranges images. Adrien Missika est français et vit en Suisse à Genève.
Magda Stanova
(présentée par Joan Fontcuberta) réfléchit aux diverses fonctions et attentes suscitées par la photographie. Ses textes sont présentés, sous forme manuscrite, accompagnés de petites photos ou dessins, dans une série sous-verres qui évoque les pages d’un grand cahier tenu par une collégienne appliquée. Mais la comparaison s’arrête là, car les réflexions de Magda Stanova sont frappées au coin du bon sens. Elles témoignent d’une grande fraîcheur d’analyse et dénotent un don d’observation aiguisé.

© Magda Stanova
Rien d’étonnant à ce que la jeune artiste ait été repérée par un Joan Fontcuberta, brillant théoricien des images et illusions photographiques. Son site est à voir ici, mais je n’y ai pas trouvé le travail exposé à Arles. Magda Stanova est née en Slovaquie. Elle étudie à Bratislava, à Zürich et actuellement à San Francisco.
Rimaldas Viskraitis
(présenté par Martin Parr) nous fait visiter les fermes d’un autre âge des campagnes de Lituanie. On y rencontre des habitants démunis de tous les gadgets de la civilisation moderne. Ils semblent loin d’en être malheureux.
L’alcool est produit à la ferme et préside à des fêtes qui nous paraissent un peu délurées, voire irréelles. Certains lendemains doivent être bien difficiles, mais c’est sûrement le seul prix qu’on puisse payer pour exister, pour tenir, pour faire du ciment social, quand on vit dans le dénuement. Ses personnages, bien qu’ils nous paraissent un peu étranges dans leurs comportements, suscitent une empathie immédiate. Rimaldas Viskraitis vit et travaille en Lituanie. Avec cette contribution, il remporte le Prix Découvertes. On peut voir quelques images de cette exposition ici.
Véronique Ellena
(présentée par Christian Lacroix) montre ici une série de natures mortes, tout à la fois sobres et chargées. La simplicité extrême des compositions, frontales, centrées, comme allant de soi, nous fait pénétrer au coeur du sujet (simple, lui aussi). Mais celui-ci entre véritablement en résonnance avec son environnement par le jeu des matières dont les structures de surface nous font apparaitre toute la complexité d’une organisation qui n’a rien de lisse. Ainsi, cet apparent dépouillement nous fait paradoxalement ressentir toute la complexité qui va de la vie à la mort (rien que ça !). Véronique Ellena vit et travaille en France. Beaucoup de belles séries sur son site, dont celle (Natures Mortes) exposée à Arles.
Yang Yongliang
(présenté par Claude Hudelot) nous présente des photomontages d’immeubles-tours et autres gracieusetés architecturales pour pays en mal d’affirmation de niveau de développement. Ses compositions s’inspirent des règles esthétiques du shanshui. J’ai trouvé cela totalement, vraiment, mais complètement kitsch ! Qu’on me pardonne cette appréciation à la louche, car il semble que je ne sois pas tout à fait équipé culturellement pour comprendre cette esthétique et cette démarche. Le site de Yang Yongliang se visite ici. Il vit et travaille à Shanghai en Chine.
Restons dans les Ateliers pour signaler d’autres expositions valant de braver les conditions climatiques...
Brian Griffin
pour « son approche non conventionnelle du portrait institutionnel ». Cette série (St.Pancras) est à voir sur son site, ici.
Martin Parr
s’est immergé dans des réceptions mondaines. Anthropologie chez les tribus bling bling et autres groupes apparentés. La série Luxury, est présentée en projection avec une création sonore de Caroline Cartier. Certaines photos sont visibles sur son site, ici.

Joan Fontcuberta
présente un projet qui part de la scène où Thomas, le photographe du film Blow Up d’Antonioni, réalisait des agrandissements. En reprenant ces agrandissements, à partir d’un duplicata en 35 mm du film, Fontcuberta atteint les limites de l’intelligibilité du matériel filmique et nous fait prendre pleinement conscience d’une des frontières de la représentation. On peut se demander pourquoi il ne s’est pas immiscé plus profondément dans la fiction en reprenant directement les photos utilisées dans le film... Le résultat visuel final aurait toutefois été le même. Ces photos pourraient être retrouvées ou reconstituées, elles ont été prises par Don McCullin qui avait été engagé sur le film pour cela.
Giorgia Fiorio
poursuit une longue quête à travers le monde pour recenser les diverses manifestations des communautés humaines dans leur relation au sacré. Magnifiques photos de ce qui fait l’essence des civilisations.
Attila Durack
a visité les peuples de la Turquie et de l’Anatolie. Il en rapporte de splendides portraits de groupes soulignant à la fois leur singularité et leur ouverture. Petite réserve : les grands formats, montés sous un plexi ultra brillant, présentent des couleurs un poil trop claquantes. On peut voir quelques photos du projet Ebru ici.
Plus je parcours le programme des Rencontres et plus je me convaincs que cette histoire de Rencontres/Ruptures est vraiment capilotractée et, pour tout dire, contreproductive ! (p. ex. je ne comprends pas que la section Prix Découverte, soit classée dans Rencontre plutôt que dans Ruptures !) Même la production qui aujourd’hui nous parait académique a un jour été dans la rupture. Il est pratiquement impossible pour un photographe d’émerger s’il ne se situe pas à un certain moment, voir en permanence, dans ce type de démarche consistant à se démarquer du « classicisme » des anciens. Mais il ne faut évidemment pas que cette rupture soit le seul moteur créatif, car on obtient alors un discours vide de sens, dont le seul moteur est la provocation. Il y a quelques photographes à Arles cette année, qui me semblent bien installés dans cette logique. Le seul intérêt de la prise en compte de cet aspect est peut-être historique... Il peut être, en effet, intéressant d’analyser comment et pourquoi un photographe se trouve en rupture à un instant T et comment s’articule sa démarche. Mais bon... il s’agit là d’un débat bien spécialisé qui n’est de toute façon pas mis en évidence dans la muséologie des Rencontres. Revenons au centre-ville...
Lionel Roux
présente des photos d’une grande beauté plastique qui sont le fruit d’un long travail sur les activités pastorales dans de nombreux pays tels que l’Éthiopie, la Grèce, l’Afrique du Sud, la Roumanie, l’Italie et la France. La place des transhumances y est revue à travers des réalités économiques et culturelles toujours vivaces dans ce siècle. On peut voir ses photos sur son blog (choisir un pays dans la colonne de droite). Lionel Roux est arlésien et vit toujours à Arles.
Duane Michals
continue de nous étonner avec ses séries poétiques, souvent drôles et incroyablement justes.
À 70 ans passés, il parait d’une fraicheur juvénile tout en ayant la profondeur d’un vieux sage. Ses séquences de photos, souvent munies de textes manuscrits, découpées comme des scènes d’un film ou d’une BD racontent la vie, l’amour, la mort. La narration est limpide même quand les sentiments exprimés sont complexes et débouchent sur des abîmes de questionnements. Sous des dehors volontiers farceurs il exprime des états de la condition humaine dont le public saisit le sens instantanément, il suffit de voir les sourires amusés des visiteurs. On a peine à croire aujourd’hui que la production de Duane Michals ait pu bousculer le monde de la photographie. Mais peut-être que le public comprend spontanément des choses que les « spécialistes » ne peuvent valider qu’après d’initiatiques procédures ?
Without Sanctuary
est une exposition présentant des documents insupportables. Nous savions tous vaguement que des lynchages d’esclaves noirs avaient eu lieu il y a bien longtemps aux États-Unis. Les images que nous voyons dans cette exposition ne sont pas juste des photos documentaires de ces malheureuses victimes - ce qui en soi est déjà insoutenable - non, ce qu’on découvre est une véritable ferveur populaire qui entoure ces séances de tortures. Beaucoup de ces images sont des cartes postales qu’on s’échangeait volontiers, qu’on encadrait, qu’on plaçait en évidence chez soi, comme des trophées de chasse. Ces photos étaient également utilisées pour menacer les Noirs, faisant ainsi partie - de manière informelle - du dispositif répressif. L’apparition de la photo, qui correspond grosso modo à la date de l’abolition de l’esclavage (1865) apporte ainsi un certain réalisme à ces pratiques ignominieuses qui continuaient de proclamer la suprématie des Blancs pendant des dizaines d’années après l’abolition, jusqu’à ce que des pétitions y mettent fin, du moins légalement.
Pour vous réconcilier avec le genre humain, traversez la place pour visiter l’exposition consacrée à...
Willy Ronis
Tout a déjà été dit sur ce très grand photographe humaniste qui a couvert de son regard attentif et bienveillant une grande moitié du 20e siècle. Pour une courte biographie, je vous renvoie au billet que j’ai consacré à sa célèbre image Le nu provençal et aux liens en fin de billet. Willy Ronis a 99 ans cette année. Un important sponsor de l’exposition est un établissement d’assurance sur la vie - cela ne s’invente pas !
Rencontres photo d’Arles
Il y a 66 expositions. Elles sont ouvertes jusqu’au 13 septembre, mais attention, certaines ferment dès le 30 août ! Pour le programme complet, visitez le site des Rencontres.
Exposition de photos en plein air, au mois de mai à Séville. Dans une avenue où l’on s’attend à trouver des affiches publicitaires, il est toujours surprenant d’y découvrir des panneaux géants qui n’affichent ... « que » des photos. Légère confusion et surprise pendant un court instant, car leur esthétique est proche de celle qu’emprunte souvent la photo publicitaire de mode. Mais à y regarder de près, il n’y a pas d’équivoque : ces images n’ont rien à nous vendre. Le propos de la photographe Angèle Etoundi Essamba est centré sur les personnes. Les femmes africaines qu’elle nous « dévoile » affichent une beauté puissante et délicate, tantôt soulignée, tantôt dissimulée, par les drapés des étoffes de couleurs vives et franches. Ces toiles et ces voiles, pourtant agencés avec simplicité, évoquent les plis savants des plus grands couturiers. Dans ce foisonnement de tissus, les regards se découvrent et s’affirment. Entre tradition et modernité, ce sont des femmes d’aujourd’hui. (Et aucune loi, même avec les plus beaux prétextes, ne les fera accélérer [1])

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L’Avenida de la Constitution est presque trop large pour n’appartenir qu’aux piétons, aux cyclistes et à quelques rares trams. Le théâtre de ces froissements d’étoffes - qui montrent plus qu’elles ne cachent - y trouve un espace idéal. Mais il est vrai que la plupart des passants (sûrement des habitués !) ne regardent pas les photos. Les touristes, eux, sont souvent plus réceptifs. Ils sont venus pour s’en mettre plein la vue et ce genre de surprises fait partie de la fête. On dira ce qu’on veut des touristes, mais ils font souvent preuve d’une grande disponibilité. (Quand je suis touriste, je grimpe dans tous les clochers qui se visitent, alors que chez moi, je ne suis jamais monté sur la tour de la « cathé », pourtant fréquentée par tous les touristes de passage !)
L’exposition Desvelos (dévoilées) a été organisée dans le cadre de Territorios Sevilla, XII Festival Internacional de Música de los Pueblos du 24 avri au 8 juin 2009. Angèle Etoundi Essamba est une photographe camerounaise installée aux Pays-Bas. Il y a beaucoup de photos à voir sur son site. [2] Son livre Voiles et dévoilements est disponible ici. Dans une interview à CamerounLink, elle déclare :
« ...le voile que je montre est celui qui ose, qui invite, qui séduit, parce qu’il autorise justement le geste du dévoilement.
Et plus loin :
C’est un sujet sensible, qui porte sur le rejet, le refus de la différence et donc touche directement l’identité même de l’être humain. Ce travail vise aussi à changer les regards et à susciter une réflexion sur toutes les formes d’exclusion dans notre système social. »
Notes:
[1] Chez nous en Suisse, le projet français d’interdire le port de la burka a donné des idées à ceux qui sont toujours à l’affut de nouvelles façons de stigmatiser les gens « différents ».
[2] Malheureusement, l’indexation n’est pas simple. Pour voir en ligne la série d’où sont tirées les photos exposées à Séville, accrochez-vous ! Rendez-vous d’abord à la page Art prints. Sous le titre manuscrit Essamba-Arts, clic sur Main Menu/Open Menu/Prints/Voiles et dévoilements (Ce jeu de piste est un bel exemple de la désastreuse usabilité de Flash !)




